LES GALÉRIENS
LES GALERIENS
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consultable sur internet

 
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Liste des condamnés aux galères des bagnes de Marseille, de Toulon et de Rochefort (plus de 31 000 noms).

On y trouve l'état civil complet du condamné : Nom, prénom, âge, noms des parents, situation familiale, lieu de naissance.
Et tous les détails concernant son incarcération : lieu du délit, motif du jugement, durée de la condamnation, date d'entrée et de sortie du bagne, et la description physique du condamné.




Exemple
 

 

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Auteur
 

 

Bibliothèque Généalogique de France
Z.A. Grand Marais
3, Digue d'Alfortville
94034 Créteil Cédex


email : bibgen@bibgen.org
Site : www.bibgen.org

Généralités
 

 

HISTORIQUE

1481 : rattachement de la Provence au royaume de France, qui marque le début des galères dans le port de Marseille. Les premières condamnations datent de 1522.

1661 : Colbert prend la direction de la marine, son fils le marquis de Seignelay lui succède en 1683.
Tous les deux oeuvrent pour le développement de la flotte de guerre et aussi de prestige. C'est la grande période du règne de Louis XIV. On construit et on arme des galères, pour celà il faut des "bras", outre les esclaves turcs achetés en méditerranée et les volontaires on fait appel à la justice pour que celle-ci envoie le plus possible de condamnés.
Entre 1680 et 1715 environ 38000 hommes sont envoyés à Marseille.

De 1715 à 1748 , c'est à dire après la mort de Louis XIV pendant la régence et le règne de Louis XV, le nombre de galères donc de galériens décroît à celà plusieurs raisons : les guerres ont couté très cher, on s'aperçoit que les galères ne sont pas de bons navires de guerre, on le savait déjà mais on redoutait de contrarier le Roi Soleil ! durant cette période 20000 hommes sont envoyés à Marseille.

En 1778 le bagne de Marseille ferme, ses archives sont envoyées à Toulon ses forçats soit à Toulon soit à Brest.

En 1743 ouvre le bagne de Rochefort qui fonctionnera jusqu'à 1852.

La transition des galères au bagne s'est faite à partir de 1748. Les galères n'étant plus d'actualité les forçats furent mis à des travaux pénibles dans les ports et les arsenaux, jusqu'à cette date ceux que l'on appelle des bagnards sont en réalité des galériens.

Ces rassemblements d'individus dangereux dans les ports sont de plus en plus mal supportés par la population qui leur reproche entre autre de fournir de la main-d'oeuvre à bon marché qui concurrence les ouvriers surtout en période économique difficile.; et on pense dès cette période à les envoyer dans des territoires lointains : dès 1795 il y eut des relégations à la Guyane : Collot d'Herbois et Billot-Varennes ainsi que des députés de la Constituante.

C'est en 1852 que le décret instituant la transportation est publié, son but aider à peupler les colonies françaises en réalisant des travaux pénibles voirie, défrichage...

En 1852 le bagne de Rochefort est vidé de ses 476 forçats restant en 3 voyages.

Du 27/03/1852 au 27/08/1858 : 14 voyages transportent 4134 forçats de Brest.

Toulon fut vidé entre Septembre 1852 et Février 1867 : 10784 condamnés partirent.

La suite ne fait pas l'objet de cette conférence mais je veux néanmoins rappeler que la suppression définitive du bagne ne date que du 17 juin 1938

LE PARCOURS DU GALÉRIEN

Dans l'étude des délits des peines et de leur application il faut distinguer 2 périodes :
- de 1661 à 1715 période d'apogée des galères et règne de l'absolutisme
- puis de 1715 à 1748 période de déclin et d'arrêt des galères.

Quels sont les délits qui conduisent aux galères pour la première période :

31 % de condamnés de droit commun : on va de l'assassin condamné à mort dont la peine est commuée en condamnation aux galères à vie, aux voleurs, perturbateurs troublant l'ordre public : vagabond, individus dont les moyens de subsistances ne sont pas clairs... Ce sont pour la plupart des petites gens, tâcherons, journaliers des campagnes et des villes, artisans compagnons des métiers du textile et du cuir. Une minorité d'exploitants agricoles, quelques petits bourgeois et notables : curés libertins, négociants escrocs ou banqueroutiers quelques notaires "véreux".

16 % de faux sauniers : à cette époque le sel est indispensable pour la conservation des aliments viandes et poissons, l'état a donc créé un monopole et un impôt sur la vente de ce produit la gabelle son taux n'est pas le même dans tout le royaume selon l'éloignement de la production, il y a des régions de grande gabelle et de petite gabelle. Pour les régions où le sel est peu taxé, il est tentant de s'en procurer et de le revendre avec profit dans une région de grande gabelle. Ce délit de faux saunage est sanctionné par les juridictions des greniers à sel, à la première infraction le contrevenant est souvent condamné à une lourde amende, mais comme il s'agit de pauvres gens incapables de payer, ils sont alors envoyés aux galères. On retrouve parmi les galériens beaucoup de faux sauniers des régions de l'ouest de la France : Bretagne, Anjou, Maine, Aunis, Saintonge.

45 % de déserteurs : Il n'y avait pas de conscription l'enrôlement dans l'armée se faisait par des sergents recruteurs qui parcouraient les villes et villages en faisant miroiter à des pauvres gens desoeuvrés ou dans le besoin les avantages d'un engagement, en faisant de belles promesses et en offrant des primes d'enrôlement, le tout copieusement arrosé au cabaret du coin. Après dégrisement "l'enrôlé volontaire " se rendait compte de son malheur et prenait la fuite, de même certains soldats ne s'habituant pas à l'état militaire quittaient leur régiment. Dès qu'ils étaient rattrapés la condamnation à de très lourdes peines de galère était appliquée. Dans cette rubrique on trouve aussi les insoumis qui n'hésitaient pas à frapper ou même tuer un supérieur hiérarchique.

4 % de protestants : après la révocation de l'édit de Nantes en 1685 beaucoup de protestants tentèrent de quitter la France pour se réfugier dans des pays du nord de l'Europe, ceux qui étaient rattrapés étaient condamnés aux galères. Il s'agit dans ce cas de gens parfois riches, bourgeois et notables. Le nombre de protestants condamnés aux galères a été très souvent exagéré, au plus fort de la repression il n'a pas dépassé 4 % des galériens

4% des condamnés le sont sans explication du motif du délit, dans les registres d'inscription on trouve des formules du genre : sans dire pourquoi, pour les cas résultant du procès...

Pour la période comprise entre 1715 et 1748 la répartition des galériens varie :

On trouve de plus en plus de délits de droits communs : 45 % au lieu de 31 %

Les délits de contrebande augmentent : 44 % aux faux sauniers s'ajoutent maintenant la contrebande sur le tabac, il y a surtout une meilleure organisation de la poursuite des contrebandiers.

Il n'est plus question de protestants

6 % des délits ne sont pas explicités.


COMMENT EST-ON ENVOYÉ AUX GALÈRES ?


Après arrestation suite à un délit (le détail des divers délits a été donné ci-dessus), le contrevenant est traduit devant un tribunal. Toutes sortes de tribunaux sont compétents : les tribunaux criminels pour les droits communs. Les conseils de guerre qui peuvent être permanents dans une ville ou créés selon les besoins. Les parlements, les tribunaux du bailli, du prévôt du sénéchal, du grenier à sel. La complexicité du découpage de la France à cette époque est telle que de nombreux tribunaux sont compétents pour envoyer aux galères, leur diversité fait que les sanctions pour un même délit peuvent être très différentes, il n'existe aucune harmonisation.

Une fois le sentence prononcée le condamné est mis en prison en attendant son départ. La prison est choisie en fonction des lieux de passage de la chaîne qui conduira le condamné à Marseille, il y a des regroupements dans certaines villes.
Certaines prisons sont restées célèbres à Paris la prison des Tournelles ou Tour St Bernard a une sinistre réputation.
Il peut s'écouler parfois presque un an entre la date de condamnation et celle de départ. Certains ne partiront jamais n'ayant pas supporté la prison.


LES CHAÎNES

Les galériens partent pour Marseille à pied, ils traversent les villes, ils sont enchaînés 2 par 2 et reliés les uns aux autres. Ils sont soumis aux regards du peuple et cette exposition fait partie du châtiment, elle est sensée avoir la valeur d'un exemple et être destinée à faire réfléchir ceux qui voient passer la chaîne et avoir un effet dissuasif sur leur conduite ! A cette époque la vie était dure pour tous et les gens n'étaient pas très enclin à la pitié, on regardait passer la chaîne au mieux avec indifférence au pire en injuriant ou en jetant des pierres aux condamnés.

La chaîne était conduite par un homme qui avait passé un contrat avec l'administration, il touchait une somme forfaitaire par galérien arrivé à Marseille, sur cette somme il devait nourrir loger les prisonniers et même payer l'enterrement de ceux qui mouraient en route, ainsi que les salaires de ceux qu'il embauchait pour surveiller les condamnés.


LES TRAJETS

Il y avait 3 chaînes principales conduisant à Marseille et des amenés : chaines moins importantes amenant soit à une prison se trouvant sur le passage d'une des chaines soit directement à Marseille pour les petites distances du sud de la France.

Les 3 chaines principales furent :
- La chaîne de Paris
- La chaîne de Bretagne
- La chaîne de Guyenne
La Chaîne de Paris : départ 2 fois par an en automne et au printemps, plus souvent si necessaire.

Elle rassemble les condamnés de la partie Nord de la France, sauf les condamnés de Lorraine, Alsace et Franche Comté qui transitent par Dijon.
Le départ est situé à la prison des Tournelles, premier arrêt à la sortie des fortifications de Paris : Charenton où les prisonniers sont souvent delestés de ce qu'ils ont de plus précieux par leurs gardes.
La chaîne emprunte la vallée de la Seine jusqu'à Montereau, puis elle remonte la vallée de l'Yonne jusqu'à Auxerre là elle oblique vers l'Est en passant par Montbard et Alise Ste Reine et rejoint Dijon. Cette partie du trajet prend environ 2 semaines à pied ce qui fait des étapes de 23 à 25 km par jour.
A Dijon on récupère ceux de l'Est de la France, on descend sur Chalon sur Saône, là on embarque sur la Saône et on descend jusqu'à Lyon, puis sur le Rhône jusqu'à Avignon ce qui prend environ 10 jours
A Avignon il reste une centaine de kms qui se font à pied par Orgon, Lambesc. En tout il faut 1 mois.

La Chaine de Bretagne : elle part de Rennes, elle récupère ceux de la généralité d'Alençon, elle rejoint la Touraine par Angers , Saumur et Tours étape importante où on récupère les condamnés du Poitou, Maine et de l'Orléanais. Elle s'écarte du Val de Loire pour remonter la vallée du Cher et de l'Auron, en passant par Montrichard, St Aignan Selles Vierzon et Bourges. Les forçats gagnent ensuite Moulins, Lapalisse, Roanne en traversant les départements de l'Allier et de la Loire, ils franchissent les Monts du Beaujolais par Tarare et l'Arbelle. Ils rejoignent alors Lyon. Le trajet vers Marseille est alors identique à celui de la Chaîne de Paris. Ce trajet prend au total 6 à 7 semaines, c'est la Chaîne la plus longue et la plus dure.

La Chaîne de Guyenne : départ de Bordeaux où se rassemblaient tous les condamnés de Guyenne, Saintonge, Aunis et Navarre.
A Toulouse les condamnés sont embarqués sur le canal du Midi jusqu'à Sète, d'où ils rejoignaient Marseille soit à pied soit par Mer. C'est la chaîne la moins longue et celle où il y a le moins de décès.

Ces conditions de transfert sont valables pour l'époque de Louis XIV, après 1715, les hommes ont voyagé en charette mais cela dépendait du bon vouloir du conducteur de chaîne qui devait prendre la somme demandée sur ses crédits, et aussi de la bonne volonté des habitants qui n'étaient pas toujours disposés à louer des moyens de transport pour les forçats surtout en pleine période de récolte.

A leur arrivée à Marseille les futurs galériens sont parqués sur la "Vieille Réale" une grande galère désaffectée qui sert de dépôt.C'est à ce moment que sont remplies les fiches que vous pouvez consulter. Nous reviendrons plus en détail sur leur contenu, sachez tout de suite qu' on leur affecte un numéro de matricule qui permettra de suivre leur parcours tout au long de leur captivité.
Les galériens sont ensuite "exposés", un peu comme dans un marché aux esclaves, les capitaines de galère et leur équipage, choisissent les hommes les plus jeunes et qui paraissent les plus robustes pour constituer leur chiourme.Ils sont donc répartis en fonction de leur aptitude et ils vont commencer à apprendre "leur métier". Pour bien comprendre comment les choses se passent, donnons quelques détails sur la galère et son fonctionnement.


LA GALÈRE

La galère est un bateau de guerre qui peut-être manoeuvré à la rame ou à la voile selon les conditions atmosphériques.
Pour une galère normale la longueur est de 55 m sur une quille de 40 m, la largeur maximale de la coque est de 7 à 8 m. Les commandantes et la Réale ont des dimensions plus importantes mais un rapport de 1 à 6 est conservé entre la longueur et la largeur.
Chaque fois que c'est possible on navigue à la voile : on dispose de 2 mats mobiles : l'arbre de mestre de 23 m de haut situé au milieu du navire et l'arbre de trinquet de 18 m juste devant la proue. On a en tout 8 voiles latines qui permettent d'exposer au vent 500 m2 de toile. Les galériens doivent apprendre à hisser les mats et les voiles opération qui demande un effort physique et un bon entrainement. Avant de se décider à naviguer à voile il faut s'assurer que le vent se maintiendra quelques heures !

La galère est divisée en 5 parties inégales :

La poupe : où se trouvent le capitaine et son état major composé d'un lieutenant, un sous-lieutenant et un enseigne. Cette partie fait environ 4,6 m de long.

L'espale : 2 m de long sur toute la largeur, endroit où on arrivait quand on montait à bord, servant aussi de corps de garde.

Corps de la galère : il est constitué d'un couloir central de part et d'autre duquel sont disposés de 2 rangées de 26 bancs sur une galère normale et 32 bancs sur la Réale et 28 à 30 sur la Patronne et les commandantes.

Sur chaque banc il y a place pour 5 galériens . Le galérien occupant la place intérieure (en bordure du couloir) s'appelle le vogue-avant, c'est l'homme qui doit fournir le plus gros effort , c'est la place la plus pénible, du plus vigoureux au plus faible on a donné des noms : vogue-avant, tiercerol, quarterol, et quinterol. Sur la Réale où 7 galériens rament par banc on ajoute le sixterol et le septerol.

Entre le dernier rang de banc et la poupe se trouve une plateforme où sont entreposés l'artillerie et 6 ancres.

La galère se termine à la poupe par un éperon d'une dizaine de mètres.

La galère peut être couverte par une bâche qui se place au-dessus des rangées de bancs cette bâche est mise lors d'intempéries et la nuit pendant le sommeil des forçats.

Les galériens sont encadrés par des surveillants le principal est le comite, c'est lui qui commande les forçats, répartit les hommes en fonction de leur aptitude et leur apprend à ramer et à manoeuvrer, cet homme est puissant et craint de l'équipage il jouit d'un privilège essentiel il a le monopole de l'exploitation de la taverne du bord.

Les hommes sont enchaînés à leur banc : ils rament, mangent et dorment à leur place, ce qui frappe c'est le nombre de personnes à bord pour la taille du bateau, on vit dans la promiscuité la plus complète, état favorable au développement des épidémies et aussi des révoltes et bagarres compte tenu de l'impossibilté de s'isoler.

La galère est un bateau fragile, difficile à manoeuvrer et qui ne peut pas voguer en haute mer, il fait uniquement du cabotage et doit rentrer au port dès que le temps est mauvais. Son autonomie de marche est limitée par la résistance des hommes qui ne peuvent pas fournir des efforts importants pendant plus de quelques heures. Son but est de dissuader les bateaux pirates d'attaquer les bateaux marchands, d'impressionner par leur nombre la flotte ennemie devant les côtes espagnoles et italiennes ou de parader pour la Gloire du Roi, dans certains cas elles servent à transporter de hautes personnalités.


COMMENT SORT-ON DES GALÈRES ?

Entre 1680 et 1715 52% des forçats sont sortis vivants de l'épreuve, entre 1716 et 1748 53%. Peu de différence, de même entre les périodes de campagne et les périodes de repos.

Les causes de décès sont nombreuses : en cours de route la chaîne est une épreuve redoutable. Les trois premières années sont également fatales à beaucoup de détenus: les conditions de détention, le manque de nourriture ou du moins son inadaptation à des hommes fournissant un effort physique important, le manque de légumes et de fruits conduit au scorbut, maladie qui sévit pour les gens de mer à cette époque.
Les survivants sont le plus souvent originaires des villes, ce qui peut surprendre, car on pourrait penser que les habitants des campagnes sont habitués à la vie de plein air et aux efforts physiques, en fait les forçats originaires des villes sont beaucoup plus débrouillards pour se procurer de l'argent et des vivres. Certains villageois n'avaient jamais quitté leur village et ne connaissaient pas toutes les astuces des gens des ville, coupés de leurs racines ils sont perdus, le moral joue également un rôle dans la survie.
Les premières années passées les causes de décès sont : des épidémies, des bagarres, les campagnes de guerre.. Beaucoup de galériens sont déclarés : mort à l'hopital, il faut savoir que le service hospitalier dont disposaient les forçats était remarquable pour l'époque. St Vincent de Paul a beaucoup contribué à aider et à soigner les galériens En 1685 un nouvel hopital et une nouvelle gestion sont mis en place pour le grand bien des galériens par l'administration du royaume.

Parmi ceux qui survivent il y a ceux qui s'évadent. Les évasions réussies sont très rares 1% se sauve et n'est pas repris. Les habitants de Marseille et des environs connaissent la tenue des galériens, souvent ils sont marqués, et pour les motiver ils touchent une prime pour signaler les évadés et ils risquent une condamnation pour eux-mêmes s'il est prouvé qu'ils ont aidé un évadé.
L'évadé repris repasse en jugement, la durée de condamnation est allongée de 3 ans, on peut ainsi voir sur lés registres par exemple : condamné à 10 ans +3 +3, ce qui signifie que l'individu a fait 2 tentatives d'évasion.

Après avoir fait ce tour d'horizon général, venons en au contenu du fichier consultable à la bibliothèque qui permettra d'illustrer par des exemples concrets ce qui a été avancé ci-dessus.
Pour le bagne de Marseille nous avons les relevés des fiches de galériens dont la date d'entrée au bagne se situe entre 1640 et 1778 ; pour celui de Rochefort entre 1743 et 1852 aux environs de cette dernière date commencent les départs pour la Guyane.
Pour les bagnards de Marseille avant la fermeture on peut voir dans la rubrique date de sortie du bagne : Toulon ou Brest celà signifie que le condamné a été envoyé dans ce nouveau bagne pour poursuivre sa peine.


QUELS RENSEIGNEMENTS PEUT-ON ESPERER OBTENIR EN CONSULTANT LE FICHIER ?

Les registres d'enregistrement des bagnes sont relativement bien tenus si on les compare pour la même période aux registres paroissiaux d'état civil, le contrôle de l'état s'exerçait de manière plus pointilleuse, il est important de "ficher" ces individus dont certains sont dangereux et qui de toute façon sont en rupture de bans avec la société. Dans le registre de base sur lequel nous avons relevé les renseignements , les individus sont inscrits au fur et à mesure de leur arrivée, un numéro de matricule leur est attribué; il existait également d'autres types de classement : ordre alphabétique des patronymes, type du délit etc.. ceci permettait de faire des recoupements, de
voir si plusieurs individus d'une même famille étaient condamnés et pour quelles raisons , détecter une filière de faux-saunage ou de contrebande de tabac. On imagine quelle facilité ils auraient eu si l'informatique avait existé !

La base de données a été conçue à partir des relevés manuscrits effectués aux Archives de Toulon ou de Rochefort.
On y trouve dans l'ordre :

Le lieu de détention : Marseille ou Rochefort

Le Numéro de matricule : il est attribué à l'arrivée au bagne en principe cette numérotation commence à 1 et se fait par registre, c'est à dire qu'elle repart à 1 à chaque changement de registre.

Le nom patronymique du détenu

Le ou les prénoms

Le surnom : beaucoup de bagnards avaient des surnoms en particuliers ceux qui étaient dans l'armée, ces surnoms ne sont pas originaux.

Profession : elle n'est pas toujours indiquée , pour les sans profession il est précisé parfois : fainéant, bohême, vagabond

Situation familiale : il est précisé célibataire, marié ou veuf avec les nom et prénom de l'épouse, malheureusement ces renseignements ne figurent pas toujours sur les registres.

Age ou année de naissance : le plus souvent on donne l'âge, on trouve des condamnés à partir de l'âge de 12 ans et d'autres ayant plus de 70 ans !

Lieu de naissance : pas toujours facile à identifier, il s'agit pour la plupart de la paroisse, les départements n'existant pas encore on ajoute parfois le diocèse, l'évêché ou la province souvent l'inscription en est phonétique ou difficile à déchiffrer dans le manuscrit. Nous avons tenté de trouver le lieu de naissance réel et de mettre son code département afin de faciliter les recherches, ceci est sans garantie absolue car beaucoup de communes ont changé de nom ou ont disparu depuis cette époque.

Lieu de résidence : cette rubrique est rarement complètée dans les registres, c'est dommage car beaucoup de délits sont commis loin du lieu de naissance, on peut s'en rendre compte en consultant le lieu où a siégé le tribunal qui a prononcé la sentence.

Les parents : ils sont souvent identifiés : prénom du père, nom et prénom de la mère, s'ils sont vivants ou décédés au moment de l'incarcération.

Chaîne ou amené : dans la première partie, les diverses chaînes et le détail des trajets ont été expliqués :
- Le jour d'arrivée à Marseille est mentionné , mais hélas pas celui du départ qui était sans intérêt pour celui qui tenait le registre.
- On peut voir qu'il y avait des chaînes importantes de plus de 200 individus , il faut se rappeler que tout au long des étapes on récupérait les condamnés qui attendaient le passage de la chaîne dans une prison.
- On remarque, ce qui avait déjà été signalé le nombre de morts en route, si j'ai choisi 2 chaînes conduites par le sieur Joseph De LAGRES, c'est pour montrer qu'il y avait un taux de mortalité élevé avec ce conducteur de chaîne, par rapport aux autres conducteurs cités ici.
- Mise à part les morts en route, il y a quelques évasions mais rares, chose plus étonnante certains détenus sont libérés en route, ordre du Roy !
- Ce qui est appelé la venue de Perpignan est peut-être une partie finale de la chaîne de Guyenne, elle montre que les condamnés étaient parfois transportés en bateau loué à un particulier de la région.

Tribunal : on peut apprécier la variété et le nombre de tribunaux compétents pour condamner aux galères.

Cause du Jugement et durée de la condamnation, ces 2 renseignements vont être traités ensemble bien qu'ils correspondent à 2 lignes différentes sur la fiche
Comme nous l'avons vu précedemment il y a 2 périodes distinctes :

- Règne de Louis XIV de 1680 à 1715
- Régence et règne de Louis XV 1715 à 1748

Les différences portent sur la répartition des délits mais aussi sur la durée et l'application des peines : Au cours du règne de Louis XIV c'est l'arbitraire total : 1/4 des condamnés à vie ont été relachés après 3 ans ou moins, plus de la moitié ont fait moins de 10 ans. 27 % des hommes condamnés à 3 ans ont faits entre 5 et 24 ans de galères surtout si ils étaient de bons rameurs !

PETIT Jean laboureur de Tronville en Barois est condamné par le parlement de Paris à 3 ans pour avoir tué sa femme , c'est peu , la fiche étant incomplète on ne sait pas quand et comment il est sorti !

GESLIN Guy 50 ans originaire de l'évêché de Rennes est condamné à 10 ans pour homicide , il entre au bagne en 1681 et est libéré le 12/04/1686 par ordre du Roy, il a fait 5 ans.
N°12)

BELHOMME Guillaume laboureur condamné à vie comme déserteur le 14/07/1693 est libéré le 30/12/1693 par ordre du Roy, il a fait 5 mois.

DELILLE Jean originaire du Quercy est condamné à vie comme déserteur le 15/11/1693 il est libéré le 26/05/1702 par ordre du Roy à condition de servir dans les compagnies franches de la marine c'est en quelque sorte un retour à la case départ.

COLOMBIN Joseph de Marseille condamné à 3 ans pour désobéissance et mis la main à l'épée contre son argousin (personne chargée le l'accompagner quand il sortait de la galère pour aller travailler à l'extérieur) entre aux galères le 21/01/1681 et est libéré le 19/05/1701 par ordre du Roy il a fait 20 ans.
N°15)

Les déserteurs étaient particulièrement sanctionnés : sur 1002 fiches identifiées dans la base 819 condamnations à vie et toutes de la période Louis XIV.

On a parlé de 4 % de protestants aux galères dans toutes les fiches il ne figure aucune condamnation pour motif de religion réformée, si on regarde celles où le motif n'est pas donné ( pour les cas résultants du procès) on est loin d'en trouver 4 %, alors sous quelle rubrique figuraient-ils ? c'est pour l'instant un mystère.

Parmi les délits de droit commun durement sanctionnés : ceux qui touchent de près ou de loin au Roy, tout ce qui concerne l'église vols d'objet du culte, blasphèmes.

en 1674 : une condamnation à vie pour avoir chassé sur des terres défendues ( appartenant au roi ou à un grand
seigneur)
en 1681 : 25 ans pour vol de poules sur les terres du roy
en 1692 : une condamnation à vie pour avoir volé un calice dans une église

A partir de la régence cette inéquité cesse radicalement : l'intendant général des galères expédie régulièrement la liste des forçats qui ont fait leur temps.

Cas exemplaires :
AMBIMAN Lazare alsacien condamné à 3 ans pour avoir laissé échapper un prisonnier en corse entre au bagne le 22/11/1749 et en sort le 28/11/1752. Il a fait juste son temps.

BAUDAUX Pierre condamné à 8 ans pour avoir volé des mouchoirs dans une auberge, il est jugé le 01/09/1797 et libéré le 23/12/1805, il a fait juste son temps mais on peut remarquer la sévérité de la sanction.

Autre cas de sévérité excessive : BIGOT André , sans profession condamné à vie pour avoir volé dans les troncs d'église le 10/08/1754, il est mort en 1780 il avait déjà fait 26 ans.

Si les délais de détention sont respectés, les durées et la sévérité des peines ne sont pas pour autant assouplis , pour les délits portant atteintes à l'ordre public en particulier le vagabondage et l'augmentation des peines et du nombre des contrebandiers ,aux faux-sauniers toujours très durement sanctionnés s'ajoutent ceux qui font la contrebande du tabac.

Dates de condamnation, d'entrée et de sortie du bagne: toutes ces dates sont données sous la forme JJ/MM/AAAA.
La date d'entrée au bagne si elle n'est pas précisée est celle d'arrivée de la chaîne. Il peut s'écouler jusqu'à plus d'un an entre la date de condamnation et celle d'arrivée. )

Motif de sortie du bagne : ils sont nombreux et variés.
La voie normale en fin de peine est la libération par ordre du Roy, mais comme il a été démontré ci-dessus ce n'est pas toujours rigoureusement respecté. Dans le cas d'un condamné à perpétuité la libération est parfois assortie d'une obligation de s'engager à servir dans les troupes du Roy

L'évasion : rare et sevèrement sanctionnée en cas d'échec

Changement de lieu de détention :

Expédition d'un galérien vers Toulon ou Brest lors de la fermeture du bagne de Marseille

En 1686 - 1687 et 1703 on trouve 76 galériens envoyés aux Isles d'Amérique (Antilles St Domingue) pour servir de soldat

A partir de 1852 à Toulon 155 bagnards sont envoyés en Guyane sur "l'Égérie" "L'Allier" ou " La Fortune"

Les bagnards ayant atteint la soixantaine ou même 70 ans sont détachés et envoyés dans une maison de force pour terminer leur peine ; Il s'agit souvent de la maison de force de Belle-Isle en Mer.

Décès : nombreux en route et dans les premières années

En campagne : en particulier en 1675 et 1676 la campagne de Messine fut très meurtrière, actuellement dans la base on trouve 220 morts, certains à Messine même , mais la plupart du temps sur les galères, ou à l'hopital au retour, blessés au combat ou victime de maladie.

Entre 1701 et 1703, 16 morts à Cadix en Espagne

Il y a aussi quelques suicides et des morts par assassinat ou au cours d'une rixe.

Signalement : du condamné cette rubrique peut être succinte : taille bonne, poils chatains, elle parfois plus précise : taille exacte pas toujours dans le système métrique qui date de la Révolution, forme du visage, couleur des yeux, détail des cicatrices et marques particulières. Beaucoup de détenus avaient le visage marqué de petite vérole.

Observations : cette dernière rubrique permet de mentionner tout ce qui n'a pas été prévu dans le masque de saisie, en particulier l'exposition du galérien à son arrivée aux galères, ses diverses évasions et les dates de leur jugement...


QUELQUES LIVRES POUR EN SAVOIR PLUS


Marc VIGIE : Les galériens du Roi. Paris, Fayard éditeur 1985

Jacques Guy PETIT- Nicole CASTAN - Michel PIERRE - André ZYSBERG :

Histoires des galères, bagnes et prisons du XIII ème au XX ème siècle

Toulouse, Privat éditeur 1991

André ZYSBERG : Les galériens vies et destins de 30000 forçats sur les galères de France de 1680 à 1748, Paris Le Seuil éditeur 1991

Michel PIERRE : La terre de la grande punition histoire des bagnes de Guyane, Paris Ramsay 1988