| |
HISTORIQUE
1481 : rattachement de la Provence au royaume
de France, qui marque le début
des galères
dans le port de Marseille. Les premières
condamnations datent de 1522.
1661 : Colbert prend la direction de la marine,
son fils le marquis de Seignelay lui succède
en 1683.
Tous les deux oeuvrent pour le développement
de la flotte de guerre et aussi de prestige. C'est
la grande période
du règne de Louis XIV. On construit et on
arme des galères, pour celà il faut
des "bras", outre les esclaves
turcs
achetés en méditerranée et les
volontaires on fait appel à la justice
pour que celle-ci envoie le plus possible
de
condamnés.
Entre 1680 et 1715 environ 38000 hommes sont
envoyés à Marseille.
De 1715 à 1748 , c'est à dire après
la mort de Louis XIV pendant la régence et
le règne de Louis XV, le nombre de galères
donc de galériens décroît à celà plusieurs
raisons : les guerres ont couté très
cher, on s'aperçoit que les galères
ne sont pas de bons navires de guerre, on le savait
déjà mais on redoutait de contrarier
le Roi Soleil ! durant cette période 20000
hommes sont envoyés à Marseille.
En 1778 le bagne de Marseille ferme, ses
archives sont envoyées à Toulon ses forçats
soit à Toulon soit à Brest.
En 1743 ouvre le bagne de Rochefort qui fonctionnera
jusqu'à 1852.
La transition des galères au bagne s'est faite à partir
de 1748. Les galères n'étant plus d'actualité les
forçats furent mis à des travaux pénibles
dans les ports et les arsenaux, jusqu'à cette
date ceux que l'on appelle des bagnards sont en réalité des
galériens.
Ces rassemblements d'individus dangereux
dans les ports sont de plus en plus mal supportés par
la population qui leur reproche entre autre de fournir
de la main-d'oeuvre à bon marché qui
concurrence les ouvriers surtout en période économique
difficile.; et on pense dès cette période à les
envoyer dans des territoires lointains : dès
1795 il y eut des relégations à la
Guyane : Collot d'Herbois et Billot-Varennes ainsi
que des députés de la Constituante.
C'est en 1852 que le décret instituant la
transportation est publié, son but aider à peupler
les colonies françaises en réalisant
des travaux pénibles voirie, défrichage...
En 1852 le bagne de Rochefort est vidé de
ses 476 forçats restant en 3 voyages.
Du 27/03/1852 au 27/08/1858 : 14 voyages
transportent 4134 forçats de Brest.
Toulon fut vidé entre Septembre 1852 et Février
1867 : 10784 condamnés partirent.
La suite ne fait pas l'objet de cette conférence
mais je veux néanmoins rappeler que la suppression
définitive du bagne ne date que du
17 juin 1938
LE PARCOURS DU GALÉRIEN
Dans l'étude des délits des peines
et de leur application il faut distinguer 2 périodes
:
- de 1661 à 1715 période d'apogée
des galères et règne de l'absolutisme
- puis de 1715 à 1748 période de
déclin et d'arrêt des galères.
Quels sont les délits qui conduisent aux
galères pour la première période :
31 % de condamnés de droit commun : on va
de l'assassin condamné à mort dont
la peine est commuée en condamnation aux
galères à vie, aux voleurs, perturbateurs
troublant l'ordre public : vagabond, individus
dont les moyens de subsistances ne sont pas clairs...
Ce sont pour la plupart des petites gens, tâcherons,
journaliers des campagnes et des villes, artisans
compagnons des métiers du textile et du
cuir. Une minorité d'exploitants agricoles,
quelques petits bourgeois et notables : curés
libertins, négociants escrocs ou banqueroutiers
quelques notaires "véreux".
16 % de faux sauniers : à cette époque
le sel est indispensable pour la conservation des
aliments viandes et poissons, l'état a donc
créé un monopole et un impôt
sur la vente de ce produit la gabelle son taux
n'est pas le même dans tout le royaume selon
l'éloignement de la production, il y a des
régions de grande gabelle et de petite gabelle.
Pour les régions où le sel est peu
taxé, il est tentant de s'en procurer et
de le revendre avec profit dans une région
de grande gabelle. Ce délit de faux saunage
est sanctionné par les juridictions des
greniers à sel, à la première
infraction le contrevenant est souvent condamné à une
lourde amende, mais comme il s'agit de pauvres
gens incapables de payer, ils sont alors envoyés
aux galères. On retrouve parmi les galériens
beaucoup de faux sauniers des régions de
l'ouest de la France : Bretagne, Anjou, Maine,
Aunis, Saintonge.
45 % de déserteurs : Il n'y avait pas de
conscription l'enrôlement dans l'armée
se faisait par des sergents recruteurs qui parcouraient
les villes et villages en faisant miroiter à des
pauvres gens desoeuvrés ou dans le besoin
les avantages d'un engagement, en faisant de belles
promesses et en offrant des primes d'enrôlement,
le tout copieusement arrosé au cabaret du
coin. Après dégrisement "l'enrôlé volontaire " se
rendait compte de son malheur et prenait la fuite,
de même certains soldats ne s'habituant pas à l'état
militaire quittaient leur régiment. Dès
qu'ils étaient rattrapés la condamnation à de
très lourdes peines de galère était
appliquée. Dans cette rubrique on trouve
aussi les insoumis qui n'hésitaient pas à frapper
ou même tuer un supérieur hiérarchique.
4 % de protestants : après la révocation
de l'édit de Nantes en 1685 beaucoup de
protestants tentèrent de quitter la France
pour se réfugier dans des pays du nord de
l'Europe, ceux qui étaient rattrapés étaient
condamnés aux galères. Il s'agit
dans ce cas de gens parfois riches, bourgeois et
notables. Le nombre de protestants condamnés
aux galères a été très
souvent exagéré, au plus fort de
la repression il n'a pas dépassé 4
% des galériens
4% des condamnés le sont sans explication
du motif du délit, dans les registres d'inscription
on trouve des formules du genre : sans dire pourquoi,
pour les cas résultant du procès...
Pour la période comprise entre 1715 et 1748
la répartition des galériens varie :
On trouve de plus en plus de délits de droits
communs : 45 % au lieu de 31 %
Les délits de contrebande augmentent : 44
% aux faux sauniers s'ajoutent maintenant la contrebande
sur le tabac, il y a surtout une meilleure organisation
de la poursuite des contrebandiers.
Il n'est plus question de protestants
6 % des délits ne sont pas explicités.
COMMENT EST-ON ENVOYÉ AUX GALÈRES
?
Après arrestation suite à un délit
(le détail des divers délits a été donné ci-dessus),
le contrevenant est traduit devant un tribunal.
Toutes sortes de tribunaux sont compétents
: les tribunaux criminels pour les droits communs.
Les conseils de guerre qui peuvent être permanents
dans une ville ou créés selon les
besoins. Les parlements, les tribunaux du bailli,
du prévôt du sénéchal,
du grenier à sel. La complexicité du
découpage de la France à cette époque
est telle que de nombreux tribunaux sont compétents
pour envoyer aux galères, leur diversité fait
que les sanctions pour un même délit
peuvent être très différentes,
il n'existe aucune harmonisation.
Une fois le sentence prononcée le condamné est
mis en prison en attendant son départ. La
prison est choisie en
fonction des lieux de passage de la chaîne
qui conduira le condamné à Marseille,
il y a des regroupements dans
certaines villes.
Certaines prisons sont restées célèbres à Paris
la prison des Tournelles ou Tour St Bernard a une
sinistre
réputation.
Il peut s'écouler parfois presque un an
entre la date de condamnation et celle de départ.
Certains ne partiront
jamais n'ayant pas supporté la prison.
LES CHAÎNES
Les galériens partent pour Marseille à pied,
ils traversent les villes, ils sont enchaînés
2 par 2 et reliés les uns aux autres. Ils
sont soumis aux regards du peuple et cette exposition
fait partie du châtiment, elle est sensée
avoir la valeur d'un exemple et être destinée à faire
réfléchir ceux qui voient passer
la chaîne et avoir un effet dissuasif sur
leur conduite ! A cette époque la vie était
dure pour tous et les gens n'étaient pas
très enclin à la pitié, on
regardait passer la chaîne au mieux avec
indifférence au pire en injuriant ou en
jetant des pierres aux condamnés.
La chaîne était conduite par un homme
qui avait passé un contrat avec l'administration,
il touchait une somme forfaitaire par galérien
arrivé à Marseille, sur cette somme
il devait nourrir loger les prisonniers et même
payer l'enterrement de ceux qui mouraient en route,
ainsi que les salaires de ceux qu'il embauchait
pour surveiller les condamnés.
LES TRAJETS
Il y avait 3 chaînes principales conduisant à Marseille
et des amenés : chaines moins importantes
amenant soit à une prison se trouvant sur
le passage d'une des chaines soit directement à Marseille
pour les petites distances du sud de la France.
Les 3 chaines principales furent :
- La chaîne de Paris
- La chaîne de Bretagne
- La chaîne de Guyenne
La Chaîne de Paris : départ
2 fois par an en automne et au printemps, plus
souvent si necessaire.
Elle rassemble les condamnés de la partie
Nord de la France, sauf les condamnés
de Lorraine, Alsace et Franche
Comté qui transitent par Dijon.
Le départ est situé à la prison
des Tournelles, premier arrêt à la
sortie des fortifications de Paris : Charenton où les prisonniers sont souvent delestés de
ce qu'ils ont de plus précieux par leurs
gardes.
La chaîne emprunte la vallée de
la Seine jusqu'à Montereau,
puis elle remonte la vallée de l'Yonne
jusqu'à Auxerre là elle
oblique vers l'Est en passant par Montbard et Alise
Ste Reine et rejoint
Dijon.
Cette partie du
trajet prend environ 2 semaines à pied
ce qui fait des étapes de 23 à 25
km par jour.
A Dijon on récupère ceux de l'Est
de la France, on descend sur Chalon sur
Saône,
là on embarque sur la Saône
et on descend jusqu'à Lyon, puis sur le
Rhône jusqu'à Avignon ce qui prend
environ 10 jours
A Avignon il reste une centaine de kms qui se
font à pied
par Orgon, Lambesc. En tout il faut 1 mois.
La Chaine de Bretagne : elle part de Rennes,
elle récupère ceux de la généralité d'Alençon,
elle rejoint la Touraine par Angers , Saumur et
Tours étape importante où on récupère
les condamnés du Poitou, Maine et de l'Orléanais.
Elle s'écarte du Val de Loire pour remonter
la vallée du Cher et de l'Auron, en passant
par Montrichard, St
Aignan Selles Vierzon et Bourges.
Les forçats gagnent ensuite Moulins, Lapalisse,
Roanne en traversant les départements
de l'Allier et de la Loire, ils franchissent
les Monts du Beaujolais par Tarare et l'Arbelle.
Ils rejoignent alors Lyon. Le trajet vers Marseille
est alors identique à celui de la Chaîne
de Paris. Ce trajet prend au total 6 à 7
semaines, c'est la Chaîne la plus longue
et la plus dure.
La Chaîne de Guyenne : départ de
Bordeaux où se rassemblaient tous les
condamnés de Guyenne, Saintonge, Aunis
et Navarre.
A Toulouse les condamnés sont embarqués
sur le canal du Midi jusqu'à Sète,
d'où ils rejoignaient Marseille soit à pied
soit par Mer. C'est la chaîne la moins
longue et celle où il y a le moins de
décès.
Ces conditions de transfert sont valables pour
l'époque de Louis XIV, après 1715,
les hommes ont voyagé en charette mais
cela dépendait du bon vouloir du conducteur
de chaîne qui devait prendre la somme demandée
sur ses crédits, et aussi de la bonne
volonté des habitants qui n'étaient
pas toujours disposés à louer des
moyens de transport pour les forçats surtout
en pleine période de récolte.
A leur arrivée à Marseille les
futurs galériens sont parqués sur
la "Vieille Réale" une grande
galère désaffectée qui sert
de dépôt.C'est à ce moment
que sont remplies les fiches que vous pouvez
consulter. Nous reviendrons plus en détail
sur leur contenu, sachez tout de suite qu' on
leur affecte un numéro de matricule qui
permettra de suivre leur parcours tout au long
de leur captivité.
Les galériens sont ensuite "exposés",
un peu comme dans un marché aux esclaves,
les capitaines de galère et leur équipage,
choisissent les hommes les plus jeunes et qui
paraissent les plus robustes pour constituer
leur chiourme.Ils sont donc répartis en
fonction de leur aptitude et ils vont commencer à apprendre "leur
métier". Pour bien comprendre comment
les choses se passent, donnons quelques détails
sur la galère et son fonctionnement.
LA GALÈRE
La galère est un bateau de guerre qui
peut-être manoeuvré à la
rame ou à la voile selon les conditions
atmosphériques.
Pour une galère normale la longueur est de 55 m
sur une quille de 40 m, la largeur maximale de
la coque est de 7 à 8 m. Les commandantes
et la Réale ont des dimensions plus importantes
mais un rapport de 1 à 6 est conservé entre
la longueur et la largeur.
Chaque fois que c'est possible on navigue à la
voile : on dispose de 2 mats mobiles : l'arbre
de mestre de 23 m de haut situé au milieu
du navire et l'arbre de trinquet de 18 m juste
devant la proue. On a en tout 8 voiles latines
qui permettent d'exposer au vent 500 m2 de toile.
Les galériens doivent apprendre à hisser
les mats et les voiles opération qui demande
un effort physique et un bon entrainement. Avant
de se décider à naviguer à voile
il faut s'assurer que le vent se maintiendra
quelques heures !
La galère est divisée en 5 parties
inégales :
La poupe : où se trouvent le capitaine
et son état major composé d'un
lieutenant, un sous-lieutenant et un enseigne.
Cette partie fait environ 4,6 m de long.
L'espale : 2 m de long sur toute la largeur,
endroit où on arrivait quand on montait à bord,
servant aussi de corps de garde.
Corps de la galère : il est constitué d'un
couloir central de part et d'autre duquel sont
disposés de 2 rangées de 26 bancs
sur une galère normale et 32 bancs sur
la Réale et 28 à 30 sur la Patronne
et les commandantes.
Sur chaque banc il y a place pour 5 galériens
. Le galérien occupant la place intérieure
(en bordure du couloir) s'appelle le vogue-avant,
c'est l'homme qui doit fournir le plus gros effort
, c'est la place la plus pénible, du plus
vigoureux au plus faible on a donné des
noms : vogue-avant, tiercerol, quarterol, et
quinterol. Sur la Réale où 7 galériens
rament par banc on ajoute le sixterol et le septerol.
Entre le dernier rang de banc et la poupe se
trouve une plateforme où sont entreposés
l'artillerie et 6 ancres.
La galère se termine à la poupe
par un éperon d'une dizaine de mètres.
La galère peut être couverte par
une bâche qui se place au-dessus des rangées
de bancs cette bâche est mise lors d'intempéries
et la nuit pendant le sommeil des forçats.
Les galériens sont encadrés par
des surveillants le principal est le comite,
c'est lui qui commande les forçats, répartit
les hommes en fonction de leur aptitude et leur
apprend à ramer et à manoeuvrer,
cet homme est puissant et craint de l'équipage
il jouit d'un privilège essentiel il a
le monopole de l'exploitation de la taverne du
bord.
Les hommes sont enchaînés à leur
banc : ils rament, mangent et dorment à leur
place, ce qui frappe c'est le nombre de personnes à bord
pour la taille du bateau, on vit dans la promiscuité la
plus complète, état favorable au
développement des épidémies
et aussi des révoltes et bagarres compte
tenu de l'impossibilté de s'isoler.
La galère est un bateau fragile, difficile à manoeuvrer
et qui ne peut pas voguer en haute mer, il fait
uniquement du cabotage et doit rentrer au port
dès que le temps est mauvais. Son autonomie
de marche est limitée par la résistance
des hommes qui ne peuvent pas fournir des efforts
importants pendant plus de quelques heures. Son
but est de dissuader les bateaux pirates d'attaquer
les bateaux marchands, d'impressionner par leur
nombre la flotte ennemie devant les côtes
espagnoles et italiennes ou de parader pour la
Gloire du Roi, dans certains cas elles servent à transporter
de hautes personnalités.
COMMENT SORT-ON DES GALÈRES ?
Entre 1680 et 1715 52% des forçats sont
sortis vivants de l'épreuve, entre 1716
et 1748 53%. Peu de différence, de même
entre les périodes de campagne et les
périodes de repos.
Les causes de décès sont nombreuses
: en cours de route la chaîne est une épreuve
redoutable. Les trois premières années
sont également fatales à beaucoup
de détenus: les conditions de détention,
le manque de nourriture ou du moins son inadaptation à des
hommes fournissant un effort physique important,
le manque de légumes et de fruits conduit
au scorbut, maladie qui sévit pour les
gens de mer à cette époque.
Les survivants sont le plus souvent originaires
des villes, ce qui peut surprendre, car on pourrait
penser que les habitants des campagnes sont habitués à la
vie de plein air et aux efforts physiques, en
fait les forçats originaires des villes
sont beaucoup plus débrouillards pour
se procurer de l'argent et des vivres. Certains
villageois n'avaient jamais quitté leur
village et ne connaissaient pas toutes les astuces
des gens des ville, coupés de leurs racines
ils sont perdus, le moral joue également
un rôle dans la survie.
Les premières années passées
les causes de décès sont : des épidémies,
des bagarres, les campagnes de guerre.. Beaucoup
de galériens sont déclarés
: mort à l'hopital, il faut savoir que
le service hospitalier dont disposaient les forçats était
remarquable pour l'époque. St Vincent
de Paul a beaucoup contribué à aider
et à soigner les galériens En 1685
un nouvel hopital et une nouvelle gestion sont
mis en place pour le grand bien des galériens
par l'administration du royaume.
Parmi ceux qui survivent il y a ceux qui s'évadent.
Les évasions réussies sont très
rares 1% se sauve et n'est pas repris. Les habitants
de Marseille et des environs connaissent la tenue
des galériens, souvent ils sont marqués,
et pour les motiver ils touchent une prime pour
signaler les évadés et ils risquent
une condamnation pour eux-mêmes s'il est
prouvé qu'ils ont aidé un évadé.
L'évadé repris repasse en jugement,
la durée de condamnation est allongée
de 3 ans, on peut ainsi voir sur lés registres
par exemple : condamné à 10 ans
+3 +3, ce qui signifie que l'individu a fait
2 tentatives d'évasion.
Après avoir fait ce tour d'horizon général,
venons en au contenu du fichier consultable à la
bibliothèque qui
permettra d'illustrer par des exemples concrets
ce qui a été avancé ci-dessus.
Pour le bagne de Marseille nous avons les relevés
des fiches de galériens dont la date d'entrée
au bagne se situe
entre 1640 et 1778 ; pour celui de Rochefort
entre 1743 et 1852 aux environs de cette dernière
date commencent
les départs pour la Guyane.
Pour les bagnards de Marseille avant la fermeture
on peut voir dans la rubrique date de sortie
du bagne : Toulon
ou Brest celà signifie que le condamné a été envoyé dans
ce nouveau bagne pour poursuivre sa peine.
QUELS RENSEIGNEMENTS PEUT-ON ESPERER OBTENIR
EN CONSULTANT LE FICHIER ?
Les registres d'enregistrement des bagnes sont
relativement bien tenus si on les compare pour
la même période aux registres paroissiaux
d'état civil, le contrôle de l'état
s'exerçait de manière plus pointilleuse,
il est important de "ficher" ces individus
dont certains sont dangereux et qui de toute façon
sont en rupture de bans avec la
société. Dans le registre de base
sur lequel nous avons relevé les renseignements
, les individus sont inscrits au
fur et à mesure de leur arrivée,
un numéro de matricule leur est attribué;
il existait également d'autres types de
classement : ordre alphabétique des patronymes,
type du délit etc.. ceci permettait de faire
des recoupements, de
voir si plusieurs individus d'une même famille étaient
condamnés et pour quelles raisons , détecter
une filière de
faux-saunage ou de contrebande de tabac. On imagine
quelle facilité ils auraient eu si l'informatique
avait existé !
La base de données a été conçue à partir
des relevés manuscrits effectués
aux Archives de Toulon ou de Rochefort.
On y trouve dans l'ordre :
Le lieu de détention : Marseille ou Rochefort
Le Numéro de matricule : il est attribué à l'arrivée
au bagne en principe cette numérotation
commence à 1 et se fait par registre, c'est à dire
qu'elle repart à 1 à chaque changement
de registre.
Le nom patronymique du détenu
Le ou les prénoms
Le surnom : beaucoup de bagnards avaient des surnoms
en particuliers ceux qui étaient dans l'armée,
ces surnoms ne sont pas originaux.
Profession : elle n'est pas toujours indiquée
, pour les sans profession il est précisé parfois
: fainéant, bohême, vagabond
Situation familiale : il est précisé célibataire,
marié ou veuf avec les nom et prénom
de l'épouse, malheureusement ces renseignements
ne figurent pas toujours sur les registres.
Age ou année de naissance : le plus souvent
on donne l'âge, on trouve des condamnés à partir
de l'âge de 12 ans et d'autres ayant plus
de 70 ans !
Lieu de naissance : pas toujours facile à identifier,
il s'agit pour la plupart de la paroisse, les départements
n'existant pas encore on ajoute parfois le diocèse,
l'évêché ou la province souvent
l'inscription en est phonétique ou difficile à déchiffrer
dans le manuscrit. Nous avons tenté de trouver
le lieu de naissance réel et de mettre son
code département afin de faciliter les recherches, ceci
est sans garantie absolue car beaucoup de communes
ont changé de nom ou ont disparu depuis
cette époque.
Lieu de résidence : cette rubrique est rarement
complètée dans les registres, c'est
dommage car beaucoup de délits sont commis
loin du lieu de naissance, on peut s'en rendre
compte en consultant le lieu où a siégé le
tribunal qui a prononcé la sentence.
Les parents : ils sont souvent identifiés
: prénom du père, nom et prénom
de la mère, s'ils sont vivants ou décédés au moment de l'incarcération.
Chaîne ou amené : dans la première
partie, les diverses chaînes et le détail
des trajets ont été expliqués
:
- Le jour d'arrivée à Marseille est
mentionné , mais hélas pas celui
du départ qui était sans intérêt
pour celui qui tenait le registre.
- On peut voir qu'il y avait des chaînes
importantes de plus de 200 individus , il faut
se rappeler que tout au long des étapes
on récupérait les condamnés
qui attendaient le passage de la chaîne dans
une prison.
- On remarque, ce qui avait déjà été signalé le
nombre de morts en route, si j'ai choisi 2 chaînes
conduites par le sieur Joseph De LAGRES, c'est
pour montrer qu'il y avait un taux de mortalité élevé avec
ce conducteur de chaîne, par rapport aux
autres conducteurs cités ici.
- Mise à part les morts en route, il y a
quelques évasions mais rares, chose plus étonnante
certains détenus sont libérés
en route, ordre du Roy !
- Ce qui est appelé la venue de Perpignan
est peut-être une partie finale de la chaîne
de Guyenne, elle montre que les condamnés étaient
parfois transportés en bateau loué à un
particulier de la région.
Tribunal : on peut apprécier la variété et
le nombre de tribunaux compétents pour condamner
aux galères.
Cause du Jugement et durée de la condamnation,
ces 2 renseignements vont être traités
ensemble bien qu'ils
correspondent à 2 lignes différentes
sur la fiche
Comme nous l'avons vu précedemment il y
a 2 périodes distinctes :
- Règne de Louis XIV de 1680 à 1715
- Régence et règne de Louis XV 1715 à 1748
Les différences portent sur la répartition
des délits mais aussi sur la durée
et l'application des peines : Au cours du règne
de Louis XIV c'est l'arbitraire total : 1/4 des
condamnés à vie ont été relachés
après 3 ans ou moins, plus de la moitié ont
fait moins de 10 ans. 27 % des hommes condamnés à 3
ans ont faits entre 5 et 24 ans de galères
surtout si ils étaient de bons rameurs !
PETIT Jean laboureur de Tronville en Barois est
condamné par le parlement de Paris à 3
ans pour avoir tué sa femme , c'est peu
, la fiche étant incomplète on ne
sait pas quand et comment il est sorti !
GESLIN Guy 50 ans originaire de l'évêché de
Rennes est condamné à 10 ans pour
homicide , il entre au bagne en 1681 et est libéré le
12/04/1686 par ordre du Roy, il a fait 5 ans.
N°12)
BELHOMME Guillaume laboureur condamné à vie
comme déserteur le 14/07/1693 est libéré le
30/12/1693 par ordre du Roy, il a fait 5 mois.
DELILLE Jean originaire du Quercy est condamné à vie
comme déserteur le 15/11/1693 il est libéré le
26/05/1702 par ordre du Roy à condition
de servir dans les compagnies franches de la marine
c'est en quelque sorte un retour à la case
départ.
COLOMBIN Joseph de Marseille condamné à 3
ans pour désobéissance et mis la
main à l'épée contre son argousin
(personne chargée le l'accompagner quand
il sortait de la galère pour aller travailler à l'extérieur)
entre aux galères le 21/01/1681 et est libéré le
19/05/1701 par ordre du Roy il a fait 20 ans.
N°15)
Les déserteurs étaient particulièrement
sanctionnés : sur 1002 fiches identifiées
dans la base 819 condamnations à vie et
toutes de la période Louis XIV.
On a parlé de 4 % de protestants aux galères
dans toutes les fiches il ne figure aucune condamnation
pour motif de religion réformée,
si on regarde celles où le motif n'est pas
donné ( pour les cas résultants du
procès) on est loin d'en trouver 4 %, alors
sous quelle rubrique figuraient-ils ? c'est pour
l'instant un mystère.
Parmi les délits de droit commun durement
sanctionnés : ceux qui touchent de près
ou de loin au Roy, tout ce qui concerne l'église
vols d'objet du culte, blasphèmes.
en 1674 : une condamnation à vie pour avoir
chassé sur des terres défendues (
appartenant au roi ou à un grand
seigneur)
en 1681 : 25 ans pour vol de poules sur les terres
du roy
en 1692 : une condamnation à vie pour avoir
volé un calice dans une église
A partir de la régence cette inéquité cesse
radicalement : l'intendant général
des galères expédie régulièrement
la liste des forçats qui ont fait leur temps.
Cas exemplaires :
AMBIMAN Lazare alsacien condamné à 3
ans pour avoir laissé échapper un
prisonnier en corse entre au bagne le 22/11/1749
et en sort le 28/11/1752. Il a fait juste son temps.
BAUDAUX Pierre condamné à 8 ans pour
avoir volé des mouchoirs dans une auberge,
il est jugé le 01/09/1797 et libéré le
23/12/1805, il a fait juste son temps mais on peut
remarquer la sévérité de la
sanction.
Autre cas de sévérité excessive
: BIGOT André , sans profession condamné à vie
pour avoir volé dans les troncs d'église
le 10/08/1754, il est mort en 1780
il avait déjà fait 26 ans.
Si les délais de détention sont respectés,
les durées et la sévérité des
peines ne sont pas pour autant assouplis , pour
les délits portant atteintes à l'ordre
public en particulier le vagabondage et l'augmentation
des peines et du nombre des contrebandiers ,aux
faux-sauniers toujours très durement sanctionnés
s'ajoutent ceux qui font la contrebande du tabac.
Dates de condamnation, d'entrée et de sortie
du bagne: toutes ces dates sont données
sous la forme JJ/MM/AAAA.
La date d'entrée au bagne si elle n'est
pas précisée est celle d'arrivée
de la chaîne.
Il peut s'écouler jusqu'à plus d'un
an entre la date de condamnation et celle d'arrivée.
)
Motif de sortie du bagne : ils sont nombreux et
variés.
La voie normale en fin de peine est la libération
par ordre du Roy, mais comme il a été démontré ci-dessus
ce n'est pas toujours rigoureusement respecté.
Dans le cas d'un condamné à perpétuité la
libération est parfois assortie d'une obligation
de s'engager à servir dans les troupes du
Roy
L'évasion : rare et sevèrement sanctionnée
en cas d'échec
Changement de lieu de détention
:
Expédition d'un galérien vers Toulon
ou Brest lors de la fermeture du bagne de Marseille
En 1686 - 1687 et 1703 on trouve 76 galériens
envoyés aux Isles d'Amérique (Antilles
St Domingue) pour servir de soldat
A partir de 1852 à Toulon 155 bagnards sont
envoyés en Guyane sur "l'Égérie" "L'Allier" ou " La
Fortune"
Les bagnards ayant atteint la soixantaine ou
même
70 ans sont détachés et envoyés
dans une maison de force pour terminer leur peine
; Il s'agit souvent de la maison de force de
Belle-Isle en Mer.
Décès : nombreux en route et dans
les premières années
En campagne : en particulier en 1675 et 1676
la campagne de Messine fut très meurtrière,
actuellement dans la base on trouve 220 morts, certains à Messine
même , mais la plupart du temps sur les galères,
ou à l'hopital au retour, blessés
au combat ou victime de maladie.
Entre 1701 et 1703, 16 morts à Cadix en
Espagne
Il y a aussi quelques suicides et des morts par
assassinat ou au cours d'une rixe.
Signalement : du condamné cette rubrique
peut être succinte : taille bonne, poils
chatains, elle parfois plus précise : taille
exacte pas toujours dans le système métrique
qui date de la Révolution, forme du visage,
couleur des yeux, détail des cicatrices
et marques particulières. Beaucoup de détenus
avaient le visage marqué de petite vérole.
Observations : cette dernière rubrique permet
de mentionner tout ce qui n'a pas été prévu
dans le masque de saisie, en particulier l'exposition
du galérien à son arrivée
aux galères, ses diverses évasions
et les dates de leur jugement...
QUELQUES LIVRES POUR EN SAVOIR PLUS
Marc VIGIE : Les galériens du Roi. Paris,
Fayard éditeur 1985
Jacques Guy PETIT- Nicole CASTAN - Michel PIERRE
- André ZYSBERG :
Histoires des galères, bagnes et prisons
du XIII ème au XX ème siècle
Toulouse, Privat éditeur 1991
André ZYSBERG : Les galériens vies
et destins de 30000 forçats sur les galères
de France de 1680 à 1748, Paris Le Seuil éditeur
1991
Michel PIERRE : La terre de la grande punition
histoire des bagnes de Guyane, Paris Ramsay 1988
|
|